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Hygiène des mains : friction SHA ou lavage au savon ?

Soignante réalisant une friction hydroalcoolique avant un soin en établissement de santé
9 mars 2026 10 min lire
Hygiène des mains : friction SHA ou lavage au savon ?

Friction hydroalcoolique ou lavage au savon : deux gestes, un même objectif

En milieu de soin, la question ne se pose plus en termes de « faut-il se laver les mains ? » mais plutôt de « quelle technique utiliser, à quel moment, et pourquoi ». La friction hydroalcoolique et le lavage des mains au savon doux ne sont pas interchangeables. Chacun répond à des situations cliniques précises, encadrées par la SF2H et l'OMS.

Petite parenthèse avant d'aller plus loin : quand on parle d'hygiène des mains dans ce contexte, on parle d'un acte technique codifié, pas du simple réflexe de se passer les mains sous l'eau après une poignée de main. La distinction est fondamentale pour comprendre ce qui suit.

Le guide de la SF2H publié en mars 2018, intitulé « Hygiène des mains et soins : du choix du produit à son utilisation et à sa promotion », pose un cadre clair. La friction avec un produit hydroalcoolique (PHA) constitue la technique de référence pour l'hygiène des mains en établissement de santé, en EHPAD et en exercice libéral. Le lavage au savon doux reste indiqué dans deux cas précis : lorsque les mains sont visiblement souillées, et lors de la prise en charge de patients atteints d'infections à Clostridioides difficile, dont les spores résistent aux PHA.

Sur le terrain, nous constatons que cette distinction reste mal comprise. Parmi les commandes que nous traitons, le savon doux reste surreprésenté par rapport aux solutions hydroalcooliques dans certains établissements, alors que la SF2H recommande l'inverse. Ce décalage entre recommandation et pratique n'est pas anecdotique : il a un impact direct sur le risque infectieux.

Quand privilégier la friction, quand choisir le savon

La règle est simple à formuler, plus délicate à appliquer au quotidien. La friction hydroalcoolique s'utilise sur des mains sèches, non souillées, pendant 20 à 30 secondes, en suivant les 7 étapes décrites par l'OMS : paume contre paume, paume sur dos de main, doigts entrelacés, dos des doigts, pouces, ongles, poignets. Le lavage au savon doux, lui, dure au minimum 30 secondes et nécessite un point d'eau, un savon adapté et un essuyage par tamponnement avec un essuie-mains à usage unique.

Un point souvent sous-estimé : la SF2H déconseille formellement l'association lavage puis friction sur la même séquence, sauf recommandation spécifique. Cette double procédure, encore pratiquée dans certains services, altère la barrière cutanée sans bénéfice microbiologique démontré.

Les 5 indications de l'OMS : un cadre universel à contextualiser

Depuis 2009, l'Organisation mondiale de la santé structure l'hygiène des mains en soins autour de 5 indications, parfois appelées « 5 moments ». Ce modèle s'applique à tous les secteurs de soins : hôpital, EHPAD, cabinet libéral, HAD et à tous les professionnels au contact des patients.

Concrètement, le premier moment intervient avant de toucher le patient. Le deuxième, avant un geste aseptique comme la pose d'un cathéter veineux périphérique ou la réfection d'un pansement. Le troisième, après un risque d'exposition à un liquide biologique — y compris si des gants ont été portés. Le quatrième, après avoir touché le patient. Le cinquième, après avoir touché l'environnement immédiat du patient : barrière de lit, table de nuit, pompe à perfusion.

Soyons francs : ces 5 indications, tout professionnel de santé les connaît. Le vrai sujet n'est pas la théorie, c'est l'observance. Les audits d'hygiène des mains menés dans les établissements par les CPias montrent régulièrement des taux d'observance qui oscillent entre 50 et 80 % selon les services et les moments de la journée. Les moments 1 et 5, avant de toucher le patient et après contact avec son environnement, sont les plus fréquemment oubliés.

Distributeur de solution hydroalcoolique dans un couloir d'établissement de santéDistributeur de solution hydroalcoolique dans un couloir d'établissement de santé
L'accessibilité des distributeurs de PHA au point de soin est un levier documenté pour améliorer l'observance de l'hygiène des mains.

Infections associées aux soins : ce que disent les chiffres récents

L'enquête nationale de prévalence (ENP) réalisée par Santé publique France entre mai et juin 2022 a inclus 1 155 établissements et 151 676 patients. Résultat : la prévalence des patients porteurs d'au moins une infection nosocomiale atteignait 5,71 %, soit environ un patient hospitalisé sur 18 (source : Santé publique France, Enquête nationale de prévalence 2022, publiée en 2023). Ce chiffre est en hausse de 14,7 % par rapport à l'ENP 2017, une augmentation que les auteurs attribuent en partie aux infections à SARS-CoV-2 contractées en établissement, mais pas uniquement.

En excluant les cas liés au SARS-CoV-2, la prévalence restait à 5,35 % contre 4,98 % en 2017. Cette hausse, même modérée, rompt avec la tendance baissière observée entre 2001 et 2012 grâce aux programmes de prévention. L'Inserm évoque un phénomène de « fatigue pandémique » chez les soignants, doublé de tensions en ressources humaines, qui a fragilisé les équipes dédiées à la prévention du risque infectieux.

Ce contexte donne un éclairage concret sur l'enjeu de l'hygiène des mains en 2025. La transmission manuportée reste le premier mode de diffusion des micro-organismes en milieu de soin. Les quatre principales localisations d'infections nosocomiales (infections urinaires, pneumonies, infections du site opératoire et bactériémies) représentent plus de 70 % des sites infectieux documentés. Pour chacune d'entre elles, la chaîne de transmission passe, à un moment ou un autre, par les mains du soignant.

Choisir un produit hydroalcoolique : les critères qui comptent

Tous les PHA ne se valent pas. Le sujet est moins simple qu'il n'y paraît, et quelques repères techniques aident à y voir clair au moment de l'achat.

Le premier critère est normatif. Un gel hydroalcoolique ou une solution hydroalcoolique destinée à une friction hygiénique doit répondre a minima à la norme NF EN 1500 (activité bactéricide en conditions pratiques). Pour une utilisation en milieu de soin, les normes NF EN 13727 (bactéricidie), NF EN 14476 (virucidie) et NF EN 13624 (fongicidie) sont les références à vérifier sur la fiche technique du produit. La SF2H insiste sur ce point dans son guide de 2018 : les revendications du fabricant doivent s'appuyer sur des essais réalisés selon ces normes en vigueur, pas sur des versions antérieures.

Vient ensuite la tolérance cutanée. C'est un point que nous observons directement chez nos clients : un PHA mal toléré ne sera tout simplement pas utilisé. Les soignants qui enchaînent 20, 30, parfois 40 frictions par jour développent des dermatites d'irritation si le produit manque d'émollients. Les formulations contenant de la glycérine ou de l'allantoïne réduisent ce risque. La SF2H note d'ailleurs que la friction hydroalcoolique est globalement mieux tolérée que le lavage répété au savon et à l'eau.

Troisième critère, souvent négligé : le conditionnement. Un flacon-pompe 500 ml posé sur un chariot de soin ne répond pas au même besoin qu'un format poche 100 ml pour un infirmier libéral en tournée. La disponibilité du PHA au point de soin à portée de main, sans détour, est un levier d'observance documenté par l'OMS. En tant que distributeur, nous recommandons de diversifier les formats selon les postes : distributeurs muraux dans les couloirs, flacons-pompe sur les chariots, doses individuelles dans les poches.

Gel ou solution : le format ne change pas l'efficacité.

Une question revient souvent chez les acheteurs hospitaliers : gel ou solution liquide ? Sur le plan de l'activité antimicrobienne, les deux formes sont équivalentes à concentration d'alcool identique. Le choix se fait sur des critères pratiques. Le gel a l'avantage de ne pas couler et de faciliter le dosage. La solution liquide sèche plus vite, un atout quand le soignant enchaîne les gestes. Ce qui compte, au final, c'est que le produit soit utilisé correctement : dose suffisante (3 ml environ), durée respectée, mains sèches au départ.

Professionnel de santé appliquant du gel hydroalcoolique sur ses mains avant d'enfiler des gantsProfessionnel de santé appliquant du gel hydroalcoolique sur ses mains avant d'enfiler des gants
Le port de gants ne dispense pas de la friction hydroalcoolique : la SF2H recommande une friction avant l'enfilage et après le retrait.

Prérequis souvent négligés : bijoux, ongles et état cutané

Aucune friction ni aucun lavage ne seront pleinement efficaces si les prérequis de base ne sont pas respectés. C'est un sujet que les campagnes d'affichage traitent souvent en une ligne, mais qui mérite qu'on s'y attarde.

Le port de bijoux aux mains et aux poignets, alliances incluses, crée des zones inaccessibles au PHA. Sous une bague, la densité bactérienne est significativement plus élevée que sur la peau nue. Les recommandations de la SF2H sont catégoriques : tenue à manches courtes, zéro bijou aux mains et aux poignets, ongles courts et sans vernis, ni faux ongles ni résine. Ces prérequis concernent tous les professionnels au contact des patients, quel que soit leur statut.

L'état cutané des mains joue aussi un rôle direct. Une peau sèche, craquelée ou lésée héberge davantage de micro-organismes et réduit l'efficacité de la friction. D'où l'importance de choisir des PHA bien formulés et d'intégrer une crème hydratante dans la routine de soin après le travail, pas entre deux frictions. Des savons doux à usage fréquent adaptés au milieu médical contribuent à préserver la barrière cutanée lors des lavages nécessaires.

Flore transitoire, flore résidente : comprendre ce qu'on cherche à éliminer

La peau des mains héberge deux types de flore. La flore résidente vit en profondeur dans les couches superficielles de l'épiderme. Composée majoritairement de staphylocoques à coagulase négative et de corynébactéries, elle est rarement pathogène et se reconstitue naturellement après un lavage. On ne cherche pas à l'éliminer, sauf en contexte chirurgical.

Tout autre est la flore transitoire, acquise par contact avec les patients, les surfaces et le matériel de soin. C'est elle qui pose problème. Elle contient des pathogènes potentiels : Staphylococcus aureus, entérobactéries, Pseudomonas aeruginosa et se transmet facilement d'un patient à l'autre via les mains du soignant. La bonne nouvelle : elle s'élimine efficacement par friction hydroalcoolique ou lavage au savon. C'est précisément le rôle de l'hygiène des mains en pratique courante.

Cette distinction entre flore résidente et flore transitoire explique pourquoi l'hygiène des mains n'a pas besoin d'être « agressive » pour être efficace. Une friction correctement réalisée avec un PHA conforme aux normes suffit à réduire la flore transitoire de plusieurs log, ce qui interrompt la chaîne de transmission dans la très grande majorité des situations de soin.

L'hygiène des mains reste, pour 2025, le geste de prévention le plus simple et le plus documenté contre les infections associées aux soins. Les outils existent : recommandations SF2H, modèle OMS, normes européennes. Le défi n'est plus théorique. Il est logistique, organisationnel et humain : rendre le bon geste facile à faire, au bon moment, avec le bon produit. Notre rôle de distributeur certifié ISO 9001, chez BioSample, consiste à faciliter cette partie-là de l'équation en rendant les produits conformes accessibles, disponibles et livrés sans rupture.

Questions fréquentes

Quels sont les 3 types d'hygiène des mains en milieu de soin ?

On distingue le lavage simple au savon doux (élimination de la flore transitoire et des souillures visibles), la friction hygiénique avec un produit hydroalcoolique (technique de référence au quotidien pour réduire la flore transitoire), et la désinfection chirurgicale des mains par friction (avant tout acte chirurgical, avec un PHA répondant à la norme NF EN 12791). La SF2H détaille les indications de chacune dans son guide de 2018.

Pourquoi la friction hydroalcoolique est-elle préférée au lavage au savon ?

La friction hydroalcoolique est plus rapide (20-30 secondes contre 30 secondes minimum pour le lavage), plus efficace sur la flore transitoire à concentration d'alcool suffisante, mieux tolérée par la peau grâce aux émollients intégrés, et ne nécessite pas de point d'eau. L'OMS et la SF2H la recommandent comme technique de première intention, sauf en cas de mains visiblement souillées ou de prise en charge de patients infectés par Clostridioides difficile.

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